Comment le chômage de masse profite aux riches

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Le chômage de masse tel que nous le connaissons n’est pas un problème pour tout le monde. Au contraire, certains peuvent se réjouir de la situation actuelle.

Jeunes bourgeoises et bourgeois à l'édition 2015 du Dîner en blanc. © Mathilde Kichenama pour Schweppes

Jeunes bourgeoises et bourgeois à l’édition 2015 du Dîner en blanc. © Mathilde Kichenama pour Schweppes

On entend dire souvent que la misère d’un peuple fait la fortune de ses maîtres. Karl Marx lui-même percevait les chômeurs comme une «armée de réserve de travailleurs», bien utlile à la «bourgeoisie» pour mettre les uns en concurrence avec les autres et asseoir ainsi sa domination. Et si on réactualisait tout ça en quelques exemples ?

Une main d’œuvre surqualifiée qui ne coûte rien : qui s’en frotte les mains ?

Comme chacun sait, les diplômes ne protègent plus du chômage. Ce que nous savons moins, c’est que les partons et recruteurs s’en frottent les mains. En effet, devant le manque de travail, des jeunes diplômés se précipitent aujourd’hui vers des jobs bien en deçà de leurs compétences. L’histoire est franchement arrangeante pour les possédants qui bénéficient du schéma simple : chômage de masse = beaucoup de gens qui cherchent du travail = possibilité de recruter des employés surqualifiés pour des travaux de misère.

Ainsi, pour un job de vendeur/vendeuse dans une boutique de vêtements, réservé jadis à des populations peu qualifiées et rarement diplômées, on préfèrera aujourd’hui embaucher celui qui a en poche un BTS de commerce international ou un Bac STMG. Logique de la part de l’employeur, qui a ainsi l’opportunité de recruter des travailleurs «de qualité».  Pour ceux qui bossent, par contre, c’est la déception assurée : après des années d’études, on se retrouve à gagner un smic pour un travail difficile et souvent ingrat. Pour ceux qui n’ont pas de diplôme c’est encore pire, car mis en concurrence avec les autres, leurs chances de trouver un emploi se font de plus en plus rares.

Taux de chômage en fonction du diplôme. Observatoire des Inégalités/Insee.

Taux de chômage en fonction du diplôme. Observatoire des Inégalités/Insee.

Des conditions de travail qui se dégradent : qui s’en frotte les mains ?

La hausse du chômage va aussi de pair avec la précarisation de l’emploi. Puisque tout le monde est susceptible de passer un jour par la case Pôle Emploi, et que personne n’en a véritablement envie, on peut exiger à peu près tout de n’importe qui.

Contrats de travail illégaux, morcellement des horaires, mi-temps imposés, heures sup’ non déclarées, licenciements simplifiées, primes anéanties, CDD renouvelés à l’envi : les travailleurs qui peinent à trouver un emploi sont prêts à courber le dos et à subir des conditions atroces dans leurs boulots, pourvu qu’ils en aient un. Du point de vue du patron c’est une sacrée aubaine : personne ne viendra se plaindre s’il abuse, puisque des milliers d’autres attendent leur tour sur les listes de Pôle Emploi.

De ce point de vue, les possédants peuvent remercier chaleureusement le travail fourni depuis 2012 par François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron, qui ont réussi en quelques mois à démanteler le code du travail et à faire passer cette entreprise de casse sociale pour une réforme hautement nécessaire.

La sélection par le haut : qui s’en frotte les mains ?

On ne le répétera jamais assez : le chômage de masse touche principalement les classes populaires. Les statistiques montrent ainsi de manière récurrente que ce sont les employés et les ouvriers (notamment les ouvriers non qualifiés) qui prennent en pleine face la situation que nous connaissons en France. Même s’ils ont vu leur situation se dégrader, les professions intermédiaires et les cadres sont loin d’être exposés autant que les catégories laborieuses. Pour certains, c’est Pôle emploi, pour les autres, le plein emploi. L’observatoire des inégalités explique ainsi:

«Toutes les catégories sociales ne subissent pas de la même façon les conséquences du manque d’emplois. En 2013, les cadres et professions intermédiaires étaient quasiment au plein emploi avec un taux de chômage respectif de 3,9 et 5,2 %. Le taux de chômage des ouvriers (14,6 %) était quatre fois plus important que celui des cadres et celui des employés (10 %), près de trois fois plus. Surtout, un ouvrier non-qualifié sur cinq était sans emploi. L’impact social de la crise n’a rien à voir selon les milieux sociaux.»

Taux de chômage selon la catégorie sociale. Observatoire des inégalités/Insee.

Taux de chômage selon la catégorie sociale. Observatoire des inégalités/Insee.

Les entrepreneurs vus comme des sauveurs : qui s’en frotte les mains ?

Le discours véhiculé depuis « la crise » par la majorité des partis politiques (du FN au PS en passant par les Ripouxblicains et le MoDem) tend à sacraliser le rôle des entrepreneurs dans l’économie française. Si l’on s’en tient aux propos d’Emmanuel Macron, sinistre de l’économie, se rend compte à quel point le ridicule ne tue pas.

«On a besoin des entrepreneurs et en particulier des jeunes entrepreneurs, de leur goût du risque. Cet entêtement invraisemblable qu’il y a chez les jeunes est indispensable. Ne changez rien. Le pays a besoin de vous car vous savez prendre des risques, vous portez des valeurs dont nous avons besoin».

Les entrepreneurs, un modèle ? Une solution au chômage ? Merci pour nous, les autres, qui constituons l’immense majorité de la jeunesse. Il apparaît nécessaire de rappeler à notre élite politique que nous n’avons pas tous la chance, le temps ni l’envie de se précipiter dans la grande aventure mercantile et la course aux profits ; surtout quand l’urgence du quotidien se fait sentir. De surcroît, il est inutile de nous voiler la face : n’en déplaise à Schumpeter, nous voyons bien autour de nous que le discours pro-entreprenariat s’adresse presque uniquement aux rejetons des classes dominantes. Qui a besoin d’argent trouve un travail. Qui n’en a pas besoin trouve un hobby.

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