Spy game

Publié le 2 mai 2012 par John Dillinger | Catégorie : Actualité, Analyse

 

Hier se tenait donc, selon les vœux de N.Sarkozy, « le grand rassemblement démocratique des vrais travailleurs ». Vrai show à l’américaine avec en sus la french touch, champ de mars et tour Eiffel en toile de fond, épatant ainsi les militants sarkozystes et les touristes de passage. Nous ne nous attarderons pas sur le terme grand (à lire ici et à relire là), pas plus que sur le terme vrai travailleur qui a déjà fait l’objet de nombreux débats. La vraie question qui nous agite tourne autour du terme démocratique. Durant les festivités qui se sont tenues sur la très populaire place du Trocadéro, la journaliste Marine Turchi qui couvre la droite chez Mediapart a été victime d’agressions verbales aux cris de « sale gauchiste dégage» et, associant le geste à la parole, d’une agression physique par une douzaine de militants et sympathisants sarkozystes. La scène ne s’est pas passée dans une petite rue adjacente à l’abri des regards mais en plein milieu de la foule, sans que personne ne vienne protéger la journaliste et mettre fin à ce pugilat. Les meetings de l’UMP nous avaient habitués à ce que le service d’ordre castagne un peu les gauchistes d’apparence, mais jamais à un tel niveau de bêtise. Heureusement pour elle, Marine Turchi s’en sort plus ou moins indemne, si on exclut les larmes et le choc psychologique, conséquences de cette agression.

Ce malheureux événement ne sort pas de nulle part bien sûr. Il répond à un mouvement de dénigrement entamé il y a maintenant une semaine par le clan sarkozyste, suite aux révélations par l’équipe Mediapart de documents Libyens venant confirmer la thèse d’un financement de la campagne de 2007 de N.Sarkozy par Mouamar Kadhafi. Plus généralement, même si Mediapart est particulièrement dans le collimateur du président-candidat, c’est bien la Presse tout entière qui est visée et son indépendance. En effet, cette présidence aura été celle de la volonté de maitriser l’information de manière générale. Plus choquant encore, ce sont les méthodes qui semblent avoir été utilisées pour tenter d’y arriver. Même si N. Sarkozy se réclame de De Gaulle, il semblerait qu’il soit plutôt le digne héritier de F. Mitterand (époque 1983 à 1986) et qu’il l’ait même surpassé.

Retour sur bilan

Dans la nuit du 7 au 8 octobre 2010, les locaux de Mediapart font l’objet d’un cambriolage sans effraction. Le butin de ces drôles de cambrioleurs : deux ordinateurs portables qui étaient posés non loin des bureaux de F. Arfi et F. Lhomme, les deux journalistes qui avaient mis à jour l’affaire Woerth-Bettencourt, et des cédéroms contenant les enregistrements clandestins de Liliane Bettencourt,  réalisés par son ancien majordome. Quelques semaines plus tard, les locaux du Point sont aussi visités. Même mode opératoire, les montes en l’air ne dérobent que deux ordinateurs dont celui d’Hervé Gattegno, chargé de suivre l’affaire Bettencourt. La veille de ce cambriolage, le 20 octobre, le domicile de Gérart Davet qui suivait alors le dossier Bettencourt pour le compte du Monde est lui aussi cambriolé. Les maraudeurs ne prendront que son ordinateur portable et son GPS. En moins de deux semaines, les principaux journalistes qui s’occupaient des questions tournant autour des liens entre le clan Sarkozy et l’héritière l’Oréal ont été cambriolés. Rappelons que l’affaire en était encore à ses prémices, puisque les fameux enregistrements n’avaient été sortis par Mediapart que quelques mois avant cette étrange série de cambriolages. A cette époque, les espoirs d’étouffer le scandale Bettencourt étaient donc encore justifiés.

Durant la semaine du 2 au 8 juillet 2011, Fabrice Arfi et Edwy Plenel (Médiapart) reçoivent de drôles de SMS. Entre insultes et menaces à peine dissimulées, l’auteur de cette correspondance leur reproche d’enquêter sur l’affaire Karachi. L’article sur les correspondances sortira malgré tout le 10 juillet 2011. Les messages étant envoyés du téléphone portable de Pierre Sellier, F.Arfi et son homologue Karl Laske sur l’affaire Takieddine décident de l’appeler pour en savoir plus sur ses intentions et enregistrent la conversation. M. Sellier au téléphone avec K. Laske précisera un peu plus l’idée qu’il a derrière la tête : « « Mediapart n’est pas un journal, c’est une merde. (…) Ecoute-moi. Je suis un tueur. Je suis un tueur du service Action, tu le sais cela. Arfi, je vais le dézinguer. Lui raser la barbe et toutes ses couilles. Edwy Plenel, la moustache. Je lui rase la moustache. Je l’encule. Je suis cent fois plus intelligent que toi. J’ai rien contre toi, tu écris ce que tu veux. Tu peux me diffamer. Je m’en tape. Toi, Karl Laske, j’ai rien contre toi. Par contre, Arfi, je vais le massacrer, l’enculer. Je vais le défoncer. Enculé, enculé. Tu comprends ? Je vais le tuer. Service Action. Trois balles dans la tête. Enculé ».

poisson rouge

Pierre Sellier est actuellement le Président de la société Salamandre. Selon Mediapart, l’entreprise serait utilisée comme sous-traitante pour certaines missions par les services de renseignement officiels. Proche de Takieddine, le nom de Pierre Sellier apparaitrait dans les documents Takieddine (toujours selon Mediapart). C’est en tout cas pour ses compétences en matière d’espionnage que Pierre Sellier sera sollicité par Claude Guéant, pour enquêter sur le site Bakchich.Info. Selon F. Arfi et F. Lhomme : « Chaque fois que Pierre Sellier monte au créneau, c’est pour défendre Nicolas Sarkozy – et attaquer les ennemis du président, les chiraquiens. De telle sorte qu’une question, évidente, s’impose : Sellier et son officine ont-ils été mandatés par l’Élysée pour mener campagne(s) ? » (Le Contrat). L’homme qui se revendique du service action de la DGSE (à tort ou à raison), semble effectivement avoir ses contacts dans le milieu du renseignement. Pour preuve le passage de deux anciens de la DGSE dans le conseil d’administration de son entreprise Salamandre, François Mermet et Michel Lacarriére.

Début juillet 2010, Gerard Davet et deux autres de ses confrères du Monde subissent ce qu’on appelle « des repérages de communications téléphoniques ». C’est l’affaire des fadettes. Elles seront vérifiées une première fois sur demande de Bernard Squarcini, proche de N.Sarkozy et patron de la DCRI, puis une seconde fois sur ordre du procureur de Nanterre, Philippe Courroye lui aussi ami du président. Cette histoire d’espionnage intervient encore en pleine affaire Bettencourt avec pour fond la découverte des sources des journalistes du Monde chargés d’enquêter sur les relations entre le pouvoir et l’héritière.

Après 10 ans passés à la tête d’Areva, Anne Lauvergeon fut démissionnée par Nicolas Sarkozy au profit de Luc Oursel. Le fait du Prince a bien fonctionné puisque la raison de ce départ était une question de mauvaise entente entre le président et A. Lauvergeon. L’histoire aurait pu en rester là. Mais être sans emploi permet d’avoir du temps et notamment, pour écrire. L’ex-présidente d’Areva publia donc en avril 2012 « la femme qui résiste » qui dévoile certains aspects cachés de la gouvernance sarkozyste et de ses ambitions libyennes en matière nucléaire. Suite à la sortie de son livre, prise de doutes, elle décida de faire analyser ses ordinateurs pour savoir si elle avait été l’objet d’espionnage informatique (elle avait déjà porté plainte pour des actes d’espionnage en décembre 2011). Le résultat est sans appel. La société spécialisée en espionnage informatique a révélé que sur une période de dix jours, A. Lauvergeon a subi pas moins de 23.000 tentatives d’intrusion sur ses ordinateurs personnels. Les auteurs n’ont pas encore été démasqués. Reste à savoir si l’on croit  aux simples coïncidences

poisson rouge

La liste n’est pas exhaustive et les questions posées n’ont pas forcément de réponses claires et précises. C’est d’ailleurs souvent le cas dans ces affaires d’espionnage où le fin mot de l’histoire est souvent connu bien des années après. Mais, si on se réfère à la méthode de travail d’un magistrat qui juge, il faut se poser la question de savoir s’il y a ou pas un faisceau d’indices suffisant pour se forger une intime conviction.

 

 

 

 

Commentaires

Commentaire de le fossoyeur, le 2 mai 2012 à 18 h 54 min

très intéressant si on a pas suivi depuis le début…

Commentaire de Bros, le 6 mai 2012 à 8 h 57 min

Qui se souvients de l’apprt plusieurs fois visité de Segolène Royal durant sa campagne présidentielle ?

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