2017 ou le naufrage de l’antiracisme moral

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Ce texte s’adresse entre autres à celles et ceux qui dénoncent ou ne comprennent pas l’absence de consigne de vote de Jean-Luc Mélenchon au soir du premier tour de l’élection présidentielle.

Cette absence de consigne de vote est un petit événement. Nous assistons là à une décision symbolique qui tranche avec une tradition infantilisante, à bien des égards, consistant à considérer les voix des électeurs comme la propriété d’un candidat ou d’un parti et qui avaient pour vocation in fine à être transférées avec ou sans condition vers un candidat tiers au second tour. Perpétuer cela aurait envoyé un signal en contradiction avec la démarche émancipatrice de la France Insoumise. Au delà de cela, cette décision s’inscrit dans une logique d’opposition entre l’antiracisme moral dominant depuis plus de trente ans et un antiracisme politique et analytique; le point de rupture essentiel étant que les partisans de l’antiracisme politique considèrent qu’on ne peut combattre le FN sans en faire l’analyse et sans proposer de contre-projet sérieux visant à améliorer les conditions d’existence du plus grand nombre.

L’antiracisme moral connaît sa période faste durant les années 80 lorsque le Parti socialiste organise l’éclosion de l’association SOS Racisme dont de nombreux dirigeants, comme Malek Boutih ou Harlem Désir, deviendront ensuite cadres du PS. La vacuité du slogan « touche pas à mon pote » pourrait résumer à lui seul la logique de cet antiracisme : désigner l’extrême droite comme quelque chose de « mal » et la combattre aux côtés de n’importe qui serait d’accord avec ce simple constat. Pas d’analyse des causes de la montée du vote Front national, pas de réflexion historique ni sociologique, et encore moins politique, qui pourrait enrayer la montée du FN. Circulez, il n’y a rien à voir, le racisme c’est mal et les votants Front national sont des fachos. L’étape suivante est bien connue : un « front républicain » et son cortège de maîtres chanteurs qui ont en partie contribué au maintien électif du parti socialiste et de la droite ces dernières années.

Bis repetita donc le 23 avril 2017. Dès le coup de sifflet de 20h, une grande partie des commentateurs médiatiques mais aussi de nombreux responsables politiques attendent un alignement sans réserve sur le candidat d’En Marche au nom de la « lutte contre l’extrême droite ». Passons sur le fait que malgré un million de voix supplémentaires par rapport à 2012, Marine Le Pen fait un score plus bas que tout ce que les instituts de sondage « prédisaient ». Mais c’est ainsi que ressurgit la grosse ficelle du « front républicain » cuvée 2017 avec dans le viseur, entre autres, Jean-Luc Mélenchon et le mouvement de la France Insoumise. Alors que des dizaines de milliers de militants enthousiastes se sont engagés depuis plus d’un an dans la campagne de la France Insoumise et que des centaines d’autres ont travaillé d’arrache-pied à écrire un programme taillé entre autre pour contrer le FN, ils doivent dès 20h01 déposer leurs idées au vestiaire et rejoindre un candidat qui par ailleurs ne propose rien d’autre qu’un ralliement sans condition. Mais les rouages grippent, visiblement Jean-Luc Mélenchon ne compte pas entériner le traditionnel « appel à voter » du second tour. Au contraire, il se permet de prendre le temps et a l’outrecuidance de demander l’avis des 450 000 personnes ayant appuyé cette campagne collective depuis un an. Comment ? Une procédure démocratique de consultation alors que le roi  Macron attend sa couronne ? Vous n’y pensez pas. S’en suit le déferlement que vous avez sûrement constaté depuis et qu’Olivier Tonneau décrypte dans sa « lettre aux pompiers pyromanes ».

Il est simplement incroyable de constater qu’Emmanuel Macron parvient à être moins à la hauteur des événements que ne l’a été Jacques Chirac en 2002. Il aurait été logique qu’un candidat se retrouvant face à l’extrême droite et ayant pour objectif de la battre le plus sèchement possible offre quelques garanties à destination des électeurs de gauche (revenir sur la promulgation par ordonnance ou prendre un engagement ferme sur la proportionnelle aurait été un premier pas symbolique). Mais non, Emmanuel Macron a préféré servir un discours victorieux d’une vacuité confondante et s’enfermer entre gens du sérail dans un restaurant chic parisien. Rappelez-vous : le FN c’est mal, votez pour moi. L’antiracisme moral est en plein naufrage et nous sommes au moment où Jack et Rose prennent leur dernière inspiration avant de sombrer avec le Titanic.

Force est de constater que lorsque les événements s’avancent, que les conditions économiques et sociales de nombre de nos concitoyens s’affaiblissent ou s’effondrent, le contrat moral s’effrite et l’antiracisme qui lui est associé avec.  On appelle à faire « barrage » comme une simple mise en demeure et sans stratégie idéologique sérieuse et nombre de commentateurs souffrent que certains ne souhaitent pas s’effondrer avec la caste politique qui a échoué. L’antiracisme et l’antifascisme doivent être politiques et opposer un contre-projet au Front national. Un contre-projet solide, chiffré, crédible et qui ne soit pas rangé au placard sous les foucades de quelques éditorialistes  et cadres de centre-ville. Un contre-projet servi par une stratégie qui s’appuie sur le retour de la politique pour les classes populaires et une réelle proposition adressée aux abstentionnistes et aux dégoûtés de la politique. Continuer à cheminer avec cœur et enthousiasme vers une politique noble et émancipatrice est crucial. Une politique qui permette à chaque citoyen de se situer dans la société, d’en comprendre les enjeux et de participer à sa transformation, comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon avec sa campagne d’éducation populaire et d’appel à l’intelligence collective et individuelle. A tel point que Jack Dion montre dans Marianne que cette lutte conséquente est déjà suivie d’effet.

Quand au FN, au delà de la présidentielle, il doit se combattre pied à pied dans les quartiers, les entreprises et surtout en opposant un projet de société crédible et alternatif qui nous fera passer de la société du chacun pour soi à celle du tout pour tous. C’est ce que la France Insoumise a entrepris en proposant le programme « l’avenir en commun » et cela paye : l’électorat jeune et ouvrier promis par tous les contemplateurs du désastre au FN a en grande partie rejoint le mouvement de Jean-Luc Mélenchon pour ce premier tour des présidentielles.

Un citoyen et électeur conscient n’a pas besoin d’injonction pour prendre ses décisions et il n’y a de procès à dresser à personne. Ni à celles et ceux qui, révulsés par la montée du Front National, iront voter pour Emmanuel Macron ni à celles et ceux qui choisiront de rester chez eux, bien conscients que cinq années de plus de libéralisme total nous mèneront très bientôt à de nouvelles batailles face au Front National. La politique des bergers et des moutons s’affaiblit sous nos yeux, il faut s’en féliciter. Le 7 mai, nous ferons nos choix en conscience.   

Olivier B.

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Un commentaire sur “2017 ou le naufrage de l’antiracisme moral

  • Depuis quand Jean-Luc Mélenchon est-il antiraciste ? Il compte dans ses rangs au moins une députée proche du PIR, l’une des pires organisations racistes et antisémites, antilaïques, homophobes que la France ait jamais connues ! Avez-vous vu ces excités défiler à Paris aux cris de Vive le Hamas ? (Ce qui concrètement signifie « Mort aux Juifs »). Avez-vous lu la prose meinkampfienne de Bouteldja ?
    Le PIR constitue le nouveau visage de l’ultra extrême-droite, et il a ses entrées dans le parti mélenchoniste, qui est TOUT sauf antiraciste.

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