Le vrai visage de l’extrême-droite

Publié le 25 juillet 2011 par Gilles Delouse | Catégorie : Actualité, Analyse, Faferies

Vendredi 22 juillet 2011. J’entends à la radio qu’une bombe vient d’exploser dans le centre d’Oslo. Arrivé chez moi, j’allume la télé pour en savoir un peu plus, et j’écoute, assez dubitatif, la liste des suspects possibles égrenée par les chaînes d’info : des irakiens, des afghans, des lybiens. Bref, de dangereux djihadistes barbus, avec sans doute une bombe cachée dans leur turban… Pas de chance, il s’avère finalement que le coupable est un Viking pur jus, facho comme il faut et accessoirement complètement psychopate.

Il est vrai que les journalistes français sont globalement des gros nazes (même si un peu de sang frais va venir un peu relever le niveau), mais là ils ont fait particulièrement fort. Cette affaire met le projecteur sur un aveuglement plutôt inquiétant : comment peut-on avoir voix au chapitre quand on a une telle incompréhension du monde ?

C’est d’abord parce qu’ils sont de bons petits soldats de la guerre de civilisation que les journalistes ne peuvent pas concevoir qu’il existe un autre ennemi que l’islam. John Dillinger nous expliquait il y a quelques temps comment les médias manipulaient les images pour en faire la représentation d’un monde en guerre. Aujourd’hui, on peut définitivement acter que non seulement les journalistes aiment déformer la vérité pour créer la peur, mais surtout qu’ils ont fini par croire aux conneries qu’ils débitent tous les jours. A la limite, ça, on commençait un peu à s’y habituer.

Ce qui est plus inhabituel, mais pas moins effarant, c’est de constater à quel point ces journalistes sont incapable de penser la violence politique. Elles ne sont pourtant pas si loin, les années de plomb ! Et même si le terrorisme d’extrême-gauche ne fait plus trop parler de lui (probablement en partie parce que le grand banditisme a arrêté d’investir sur ce terrain), l’extrême-droite se rappelle régulièrement à notre bon souvenir, en France et dans le monde : attentats, meurtres, aggressions, viols ont régulièrement été le fait de fachos militants ces vingt dernières années. Et il ne faut pas chercher bien longtemps pour trouver des images montrant qu’une bonne frange de la faune d’extrême droite est composée de bourrins violents, surarmés et mentalement instables.

Mais évidemment, comme pour la guerre de civilisations, quand on répète à longueur d’ondes et de journées que l’extrême-droite est fréquentable, que Marine le Pen est belle et gentille, que ce sont des idées qui en valent bien d’autres, ou bien que le meilleur moyen de siphonner le FN c’est de piquer ses idées, on finit par y croire. D’ailleurs, il fallait les entendre, samedi et dimanche, en tentant en vain d’expliquer qu’avec Anders Breivik « c’est plus compliqué que ça », que « c’est pas vraiment du fondamentalisme », ou « pas tout à fait l’extrême-droite » pour comprendre à quel point nos journalistes sont incapables de sortir de leur carcan intellectuel.

Pourtant, il suffit de lire l’introduction du manifeste de Breivik pour constater qu’on est bien dans l’extrême-droite tout ce qu’il y a de plus traditionnel. Cette introduction s’appelle « Qu’est-ce que le politiquement correct ? », et voici ce qu’on peut y trouver (traduction par moi-même) :

Avant tout, ceux qui désirent défier le politiquement correct doivent se comporter selon les coutumes de notre culture, pas selon les nouvelles règles imposées par la culture Marxiste. Les femmes doivent être des épouses et des ménagères, pas des flics ou des soldats, et les hommes doivent toujours tenir la porte ouverte pour les femmes. Les enfants ne doivent pas naître en dehors du mariage. La glorification de l’homosexualité doit être rejetée. Les jurés ne doivent pas accepter l’Islam comme une excuse pour le meurtre.

Un bien beau programme donc, que le Front National, les Apaches et autres tarés ne renieraient pas, ni sur le fond, ni sur la forme. Car évidemment, Anders Breivik est un facho « normal », avec les mêmes obsessions et les mêmes idées puantes que tous les fachos de la planète. Ce qu’il a fait vendredi, c’est simplement la concrétisation de son programme politique, et c’est évidemment ce qui nous attend si jamais l’extrême-droite atteint un jour le pouvoir.

Jusqu’à récemment, quand on essayait d’expliquer pourquoi l’extrême-droite ne doit pas être prise à la légère, pourquoi on doit combattre ses idées partout et toujours, on se faisait doucement rigoler au nez. Vendredi, l’extrême-droite a, pour une énième fois, montré son vrai visage (attention, certaines images peuvent être choquantes). Espérons qu’il reste un peu plus longtemps dans les mémoires cette fois.

Commentaires

Pingback de Poisson Rouge » Surtout, pas d’affolement, le 27 juillet 2011 à 12 h 08 min

[...] fin de mois de juillet, vous n’êtes pas (encore) coupés du monde, et que vous avez donc lu le dernier article de Gilles Delouse, vous savez surement qui est Anders Behring Breivik, alias Andrew Berwick. Si ce nom ne vous dit [...]

Commentaire de Vay, le 1 août 2011 à 14 h 11 min

Le vrai visage de l’extreme droite, en effet. Celui de l’extreme gauche, ça fait bien longtemps qu’on le connait, hein x)

Commentaire de John Dillinger, le 2 août 2011 à 15 h 29 min

En fait ce visage on le connaissait déjà. Par exemple, lorsqu’on parle des années de plomb en Italie on ne pense qu’à l’activisme d’extrême gauche et plus précisément des brigades rouges (ce qui est une erreur puisqu’ils y avaient pas mal d’autres groupes qui étaient dans la lutte armée). Et pourtant la réalité et plus nuancée. Durant cette période la moitié des attentats ou faits d’armes ont été attribués à des groupes d’extrême-droite. Pour la France, l’extrême-droite n’a pas son reste non plus. Lorsque l’action-Française et plus généralement le mouvement royaliste était encore un mouvement important, la république a tremblé plusieurs fois soit du fait de coups d’état manqués (on pense bien sur à la manifestation antiparlementaire 1934) soit du fait des assassinats et tentatives de déstabilisation de la république ( Les cagoulards notamment). Enfin si on regarde le nombre de mort provoqué soit par des membres de l’extrême droite institutionnelle (un exemple parmis tant d’autres : l’affaire des colleurs d’affiche du FN de 1998) soit par ceux qui gravitent autour ( Par exemple le meurtre de Brahim BOUARRAM tué sous le pont du Carrousel), on se rend compte que l’extrême-droite à finalement bien plus de sang sur les mains que tout autre courant politique .

Pingback de Poisson Rouge » Le Poisson Rouge fait sa rentrée, le 21 septembre 2011 à 12 h 24 min

[...] le Poisson Rouge de revenir sur la question du fascisme, du terrorisme et de la lutte politique : Le vrai visage de l’extrême-droite, Surtout, pas d’affolement, Ils jouaient du pipeau debout, Ce n’est pas politique, [...]

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